Bénin : A quand le nouveau départ pour le sous-secteur Hygiène et Assainissement de base ?

Lundi 18 février s’est ouvert à Cape Town en Afrique du sud, le 5e sommet africain sur l’hygiène et l’assainissement. Cette 5e édition qui succède à celle de Dakar en 2015 sanctionnée par la Déclaration de Ngor (http://www.amcow-online.org/images/docs/ngor_declarations_signed.pdf), aura pour principal point d’attention, d’apprécier le bilan et les dispositions prises par chaque Etat, pour atteindre l’accès universel aux services d’assainissement comme prévu par les Objectifs de développement durable, cible 6.2.
A l’instar des autres pays du continent, le Bénin est appelé aussi à cet exercice de bilan et de perspectives. Il n’y a pas de doute. Le sous-secteur de l’hygiène et de l’assainissement de base espère toujours, trois ans après l’arrivée au pouvoir du président Talon, son nouveau départ. Car, contrairement au sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable (AEP) qui connait un regain d’intérêt avec l’engagement pris de réaliser l’accès universel d’ici 2021, celui de l’hygiène et de l’assainissement de base (HAB) attend son moment de « gloire ». Les réformes engagées dans le secteur de l’AEP sur le plan de la réorganisation institutionnelle et de la mobilisation des financements démontrent une forte dynamique pour atteindre les objectifs annoncés alors qu’en matière d’hygiène et d’assainissement de base, les engagements fermes du gouvernement tardent à être clairement connus.
Dans son discours d’ouverture de la revue du secteur de l’eau et de l’assainissement tenue le 28 juin 2018, le chef de file des Partenaires Techniques et Financiers, avait partagé le même constat et les mêmes inquiétudes en déclarant ceci : « le sous-secteur d’hygiène et d’assainissement de base mérite une meilleure attention à celle dont il bénéficie aujourd’hui ». Car, en dehors des avancées et progrès obtenus par plusieurs programmes dont les interventions ne couvrent pas tout le territoire national, le sous-secteur HAB fait face à un problème structurel avant celui du financement. Et au-delà de ces deux problèmes, c’est la reconnaissance que l’absence d’hygiène et d’assainissement constitue un problème public qui fait défaut et qui explique ce manque d’attention et de priorisation. Les divers campagnes d’interpellation et de communication initiées par le Cadre de Concertation des Acteurs Non Etatiques de l’Eau et de l’Assainissement (CANEA) pour rappeler l’urgence d’agir pour relever le défi lié aux 87% des ménages au Bénin qui continuent toujours d’utiliser des installations sanitaires considérées comme non améliorées attendent d’avoir la réaction de l’autorité politique et le sursaut patriotique des populations. Avec l’engagement pris de la Fin de la défécation à l’air libre en 2030, il faut vite passer à l’action pour renverser la situation. Parce que, selon l’enquête EDS 2017, plus d’un ménage sur deux (54%) n’utilisent pas de toilettes et seulement 13% des ménages utilisent des toilettes améliorées et ce pourcentage est de 22% en milieu urbain contre 6% en milieu rural.
A l’heure du bilan à Africasan5, le Bénin devra enfin saisir l’occasion pour s’engager résolument à relever non seulement le positionnement institutionnel qui fait défaut, mais aussi à mobiliser les acteurs et les ressources indispensables. Car, donner l’eau potable aux populations ne suffira point à améliorer les indicateurs en matière de santé. Le rapport sur l’«Évaluation d’impact des programmes d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement au Bénin : les risques d’effets éphémères », commandité en 2011 par la Direction de l’Évaluation de la Politique et des Opérations (IOB) du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas et le Département des évaluations du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) au Bénin, en étroite collaboration avec le Département des évaluations de la KfW Entwicklungsbank, avait clairement indiqué que : « À la source, l’eau des points d’eau améliorés est de bien meilleure qualité que l’eau de sources traditionnelles. Toutefois, cette différence de qualité s’évanouit presque entièrement au point d’utilisation en raison d’une nouvelle contamination durant le transport et le stockage ».
L’hygiène de l’eau et l’appropriation par les populations des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement ainsi que le combat contre la défécation à l’air libre sont tout aussi importants que l’accès à l’eau potable. Le Projet de station de Traitement des Boues de Vidange lancé par le gouvernement dans la commune d’Abomey-calavi constitue un des nombreux pas à faire dans la chaîne de services d’assainissement qui comporte, en dehors des toilettes, le confinement, la vidange, le transport, le traitement et la réutilisation. La mise en œuvre de la Stratégie Nationale de la Promotion de l’Hygiène et de l’Assainissement de Base (SNPHAB) révisée offre au gouvernement des orientations claires et le chemin à emprunter pour renverser la tendance. Ainsi, au-delà d’un simple exercice de bilan, Africasan5 sonne comme un nouvel appel à la mobilisation et à l’engagement des Etats et des acteurs pour ne laisser personne de côté. C’est maintenant ou jamais qu’il faut agir !
Originaire du Bénin en Afrique de l’ouest, Alain TOSSOUNON est journaliste depuis plus d’une quinzaine d’années. Rédacteur en Chef puis Directeur de rédaction de l’hebdomadaire spécialisé dans la décentralisation et la gouvernance locale « Le Municipal », il a suivi et validé plusieurs certificats en gestion des ressources naturelles (Université Senghor d’Alexandrie) et en eau avant de passer grand reporter sur les thématiques de l’eau, l’hygiène et l’assainissement de base et l’environnement.
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