David Hounguè, président de la Fenapêche : « Il n’y a plus de poissons dans les plans d’eaux »

Avec le vote de la nouvelle loi-cadre relative à la pêche et l’aquaculture en République du Bénin, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour l’activité de pêche qui traverse depuis peu une mauvaise passe. Dans cet entretien, le Président de la Fédération nationale des acteurs de pêche du Bénin (FENAPECHE), David Hounguè, salue l’avènement de la nouvelle loi et invite ses pairs à œuvrer ensemble pour une pêche durable.
David Hounguè, Président de la Fenapêche

Aujourd’hui comment se porte la pêche continentale qui se pratique au niveau de nos cours et plan d’eau ?
L’activité de la pêche est aujourd’hui au ralenti. Sans vous mentir, il n’y a plus de poissons dans les plans d’eaux. Les ressources sont en train de disparaître. Les pêcheurs sont obligés de faire de gros efforts avant d’avoir une petite quantité de poissons. Et tout cela est dû à nos mauvaises pratiques.
Comment en est-on arrivé là ?
Les choses sont claires. Nous utilisons les engins que nous ne devons pas utiliser. Nous allons chercher les poissons dans leur dernier retranchement. Nous ramassons tout sur notre passage, petits comme grands poissons.
En dehors de cela, il y a la pollution des plans d’eau. Ce sont ces différentes causes qui font que le pêcheur qui quitte chez lui le matin à 6 heures revient vers 17 heures sans pour autant faire une grande prise.
N’est-ce-pas donc les pêcheurs qui sont responsables de leurs propres problèmes à travers l’utilisation des engins prohibés de pêche ?
C’est vrai. L’un de ces engins est le « mèdokpokonou » qui,  en plus de ramasser toutes les ressources de l’endroit où c’est utilisé, petites comme grandes et même les œufs, détruit le milieu de pêche.
Les pêcheurs qui s’y adonnent ne savent-ils pas qu’ils tuent leur activité ?
C’est la forte politisation du secteur qui fait que les pêcheurs continuent d’avoir recours à ces genres de pratiques. Certaines personnes encouragent et protègent ces pêcheurs qui vont contre la loi et détruisent l’activité de pêche. Ils croient qu’elles leur font du bien. Ce qui n’est pas le cas.
Pensez-vous qu’avec le vote de la Loi-Cadre N°2004 du 17 août 2014 relative à la pêche et l’aquaculture en République du Bénin la situation va changer ?
Que n’avons-nous pas fait dans le cadre de cette lutte contre les engins prohibés. Quel type de sensibilisation n’avons-nous pas mené ? Nous sommes passés de village en village pour sensibiliser les pêcheurs afin que ces pratiques puissent cesser ; mais en vain. Ce sont les autorités mêmes de ces localités qui nous découragent et encouragent les pêcheurs à poursuivre ces mauvaises pratiques en nous disant souvent : « c’est leur chose, laissez-les faire ». Je pense que la nouvelle loi qui a été promulguée arrangera beaucoup de choses. C’est l’une des mesures importantes qui permettra de sauver le sous-secteur. Quiconque sera pris en flagrant délit d’utilisation de techniques interdites ou de pêche sans autorisation en répondra avec les sanctions qui correspondent. La nouvelle loi-cadre parle de permis de pêche, je pense que c’est très important. Imaginez qu’il y a des personnes qui vendent des parties de plan d’eau alors même que c’est un patrimoine de l’Etat. Si l’Etat ne prend pas ses responsabilités, des pêcheurs ne pourront plus aller pêcher en toute liberté. L’avènement des permis de pêche permettra d’assainir le secteur et de connaître le nombre de pêcheurs qu’il y autour des plans d’eau. Les vrais pêcheurs seront connus. Car, il y a des personnes qui n’ont jamais été pêcheurs et qui veulent s’ingérer dans le fonctionnement du sous-secteur.
Est-ce qu’aujourd’hui tous les pêcheurs sont au courant que des sanctions existent pour punir ceux qui utilisent des techniques de pêche prohibées ou qui ne détiennent pas d’autorisation de pêche ?
Pour ce qui est des permis de pêche, il n’y a pas de doute que les pêcheurs vont y adhérer. Quant à l’utilisation des techniques de pêche prohibées, si vous entendez la voix d’un pêcheur aller à l’encontre de cette loi, sachez qu’il s’agit des pêcheurs indélicats qui s’adonnent à ces techniques. Par contre, ceux qui pêchent en toute légalité vont plus acclamer l’avènement de cette loi. Il a fallu des années pour qu’elle devienne une réalité.
Qu’attendez-vous véritablement des autorités afin que le pêcheur puisse vivre de son activité et que même le consommateur béninois puisse manger du bon poisson?
Il n’y a pas grand-chose à faire. Il faut juste que les autorités nous accompagnent plus. La mise en place d’une loi-cadre est déjà une importante avancée. Ce qu’il y a lieu de faire maintenant, c’est de mettre plus de moyens à la disposition de la direction des pêche afin qu’elle fasse de la répression. Au Bénin, nous sommes têtus. Nous n’aimons pas respecter les textes, c’est pourquoi il faut être un peu dur. Nous attendons donc de toutes ces autorités leurs apports dans la lutte.
Dans certains pays, il y a des périodes mortes pendant lesquelles la pêche est interdite de sorte à permettre aux poissons de se régénérer. Est-ce que ces mesures sont aussi envisagées au niveau de la fédération des pêcheurs ?
Cette question fait partie des premières préoccupations auxquelles nous nous attaquons. La fédération ne cesse de jouer son rôle. Nous allons doubler d’ardeur afin que tous les pêcheurs soient au même niveau d’information de sorte à ce que les réformes puissent se faire sans beaucoup de difficultés. La vérité, c’est qu’aujourd’hui, nous avons dépassé l’étape de la sensibilisation. Il s’agit maintenant de passer aux sanctions.
Un dernier mot pour finir cet entretien…
Je finis en demandant aux autorités d’aider l’administration des pêches à bien faire son travail. Je veux notamment parler du ministère. Le sous-secteur de la pêche est souvent délaissé.
A l’endroit des pêcheurs, il faut que ceux qui utilisent les engins et techniques prohibés cessent afin que les plans d’eau se portent mieux. Je veux parler du lac Nokoué, de la lagune de Porto-Novo, etc. Au niveau de la mer, les autorités doivent savoir qu’il ne suffit pas de donner des licences, il faut qu’elles aillent contrôler pour voir si les accords sont respectés.
Originaire du Bénin en Afrique de l’ouest, Alain TOSSOUNON est journaliste depuis plus d’une quinzaine d’années. Rédacteur en Chef puis Directeur de rédaction de l’hebdomadaire spécialisé dans la décentralisation et la gouvernance locale « Le Municipal », il a suivi et validé plusieurs certificats en gestion des ressources naturelles (Université Senghor d’Alexandrie) et en eau avant de passer grand reporter sur les thématiques de l’eau, l’hygiène et l’assainissement de base et l’environnement.
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