Lutte contre les Maladies Tropicales Négligées au Bénin (MTN) : Relever le défi de l’engagement des jeunes

Avec plus d’un milliard de personnes touchées dans le monde, les Maladies Tropicales Négligées continuent à affecter principalement les communautés les plus pauvres dans les zones rurales difficiles d’accès où l’eau potable et les moyens d’assainissement sont rares. Si le Bénin comme plusieurs pays en Afrique, se sont dotés depuis quelques années de plans d’actions pour venir à bout de ces maladies des pauvres, le combat est loin d’être gagné. Aujourd’hui, plusieurs acteurs appellent à encourager le leadership des jeunes pour renforcer et innover dans ce combat périlleux

« Au Bénin, il y a au moins une Maladie Tropicale Négligée (MTN) qui est endémique dans chacune des 77 communes. Aucune commune n’est épargnée ». Cette déclaration de la Coordonnatrice du Programme National de Lutte contre les Maladies Transmissibles (PNLMT) du Ministère de la santé, Dr Ndeye-Marie Bassabi-Alladji, à l’atelier d’élaboration des plans d’actions des OSC, traduit bien l’urgence pour le Bénin, d’intensifier ce combat pour l’élimination et le contrôle de ces maladies.

Sur les 14 Maladies Tropicales Négligées (MTN) retenues par l’OMS pour la région Afrique, en 2020, quatorze (14) sont considérées comme un problème de santé publique parmi lesquelles, dix (10) sont endémiques au Bénin. Au nombre de celles-ci, on a la Filariose Lymphatique endémique dans 48 communes, l’onchocercose dans 51 communes, le trachome dans 26 communes (cartographie 2014/2015). Ainsi, dans certaines communes, on peut observer que 2, 3 voire 4 de ces maladies sont endémiques.

Face à ce tableau préoccupant, le Bénin s’est doté d’un Plan quinquennal 2022-2026 permettant « d’ici à 2030 de contrôler, d’éliminer ou d’éradiquer les MTN afin qu’elles ne constituent plus un fardeau socio-économique pour les populations y compris les plus pauvres ». Ce plan a été suivi d’une feuille de route qui recommande de ne laisser personne de côté et qui « abandonne les programmes verticaux de lutte contre les maladies au profit d’approches transversales, grâce à des investissements plus judicieux pour améliorer la santé et le bien-être d’ici à 2030 ». Avec cette feuille de route adoptée, le Bénin s’est engagé à faire reculer la pauvreté en s’attaquant à la charge de morbidité due aux MTN et à soutenir l’instauration de la couverture sanitaire universelle et la réduction de la pauvreté. Car, comme le soutient le spécialiste en gestion des projets et programmes de santé, Dr Wilfried Batcho, « les populations pauvres vivant dans des zones inaccessibles et dans des conditions d’hygiène déplorables sont les plus touchées par les MTN. C’est le cas de l’onchocercose, la filariose, la bilharziose lymphatique ».  Suivant la feuille de route mondiale pour la période 2021-2030, le Bénin comme plusieurs pays de l’Afrique, ont fait d’importants progrès dans la marche vers l’élimination des MTN. La lèpre a pratiquement été éliminée en tant que problème de santé publique sauf dans les îles Comores. Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo ont aussi éliminé la maladie du sommeil en tant que problème de santé publique.

Malgré tout, comme partout en Afrique où les MTN sévissent encore, ces progrès cachent des défis. Si l’OMS relève comme défis, la faible intégration de ces maladies au sein des principaux programmes de santé, des financements insuffisants, ainsi que l’impact de la pandémie de COVID-19, la Coordonnatrice du PNLMT indique comme principal défi, la participation communautaire. Au niveau des MTN, en plus du diagnostic, les acteurs de la lutte sont confrontés à la couverture intégrale en matière de traitement et à une forme de « rébellion » des populations non favorables aux mesures de prévention, notamment la prise de médicaments dans certaines localités. 

Encourager l’implication de la jeunesse

Afin de relever le défi de la participation communautaire, plusieurs acteurs soutiennent fermement que la jeunesse pourrait jouer un rôle important et même innover.  « La jeunesse doit être au cœur de la lutte. Nous avons besoin des jeunes pour combler le manque d’informations et sensibiliser sur les moyens de prévention », signale la fondatrice et Présidente de VIA-ME, Dr Odry F. Agbessi. « Les jeunes doivent s’engager pour l’élimination et l’éradication en tant que relais d’informations », ajoute-t-elle. Un avis que partage le Président du Conseil d’administration de la Coalition des OSC du Bénin pour la couverture universelle en santé (COBCUS) retenue parmi les 3 OSC pour accompagner le PNLMT avec le soutien de Speak Up Africa. « La jeunesse peut agir au niveau du diagnostic. Les jeunes sont dans des réseaux et peuvent une fois sensibilisés alerter chaque fois qu’ils voient des symptômes », renchérit-il. Surtout que selon la Banque mondiale, l’Afrique est le continent le plus jeune du monde et dans 40 pays africains, plus de la moitié de la population a moins de 20 ans.  

Cet appel semble déjà être entendu par ces jeunes interpellés. Prenant la parole, les jeunes déjà engagés et travaillant dans les OSC qui font figure de proue dans cette lutte se disent prêts à jouer leur partition.   « En tant que jeunes, nous sommes aptes, dynamiques et avons encore de l’énergie que nous pouvons mettre au service de la lutte », soutient Vodonou Stella, Assistante chargée des finances à l’ONG VIA-ME. Une organisation qui s’illustre depuis plusieurs années dans le combat contre les MTN et le paludisme avec à la clé, la mobilisation de jeunes volontaires. Pour ces jeunes, servir de relais d’informations auprès des populations peut constituer leur première contribution à la lutte. « Il y a des gens qui pensent encore que ces maladies ne peuvent être guéries. Il faut que les populations soient informées et ce sont les jeunes qui peuvent efficacement le faire », souligne sa jeune camarade Oriane Houndotossi, Chargée de programme Santé, Assainissement, Actions à VIA-ME. Pour réussir cette mission de relais communautaires et satisfaire cette attente importante des acteurs de la lutte, les jeunes disposent aujourd’hui d’un atout que sont les outils numériques qui constituent de puissants moyens pour « démystifier » ces maladies dont les causes restent encore inconnues pour une bonne frange des communautés. Une arme de combat que des organisations de jeunes entendent utiliser pour renverser les tendances et faire mentir d’ici là, les chiffres de la prévalence. Ayant à portée de main, les outils numériques, le Coordonnateur de l’ONG Health Access Initiative (HAI), Ange Marie Nicodème Essè, indique que « les jeunes ne doivent pas être spectateurs. En plus de l’information qu’ils peuvent apporter aux communautés à travers le volontariat, il soutient qu’ils peuvent développer des initiatives pour faire la sensibilisation mais aussi le plaidoyer auprès des décideurs pour plus d’attention pour ces maladies qui déciment les plus pauvres ». Pour ces jeunes engagés, « une lutte contre les MTN sans les jeunes est une lutte vaine », martèle Oriane Houndotossi.

Encourager le leadership des jeunes dans la lutte contre les Maladies Tropicales Négligées (Photo SUA)

Une initiative régionale de soutien au leadership des jeunes

Croyant au leadership des jeunes et à la valeur ajoutée qu’ils peuvent apporter à la lutte contre ces maladies en Afrique, Speak Up Africa a décidé d’entrer en partenariat avec « Reaching the Last Mile (RLM) » qui dispose d’un portefeuille de programmes de santé mondiale œuvrant pour l’éradication des maladies, soutenue par le Président des Émirats Arabes Unis, son Altesse Sheikh Mohamed bin Zayed, pour lancer une nouvelle initiative visant à mobiliser les jeunes en faveur de l’élimination des Maladies tropicales négligées (MTN). Dans le communiqué de presse rendu public le 2 février 2023, les deux partenaires ont indiqué que l’initiative vise à «bâtir un réseau d’organisations dirigées par des jeunes engagés dans l’élimination des MTN au sein de leurs communautés et de leurs pays à travers des actions de plaidoyer, au niveau national ». Ainsi, en Afrique de l’Ouest, Speak Up Africa, accordera une subvention d’un montant de 250 000 USD à environ 10 organisations dirigées par des jeunes au Sénégal et au Niger, sur une période de 15 mois. En plus, ces organisations bénéficieront d’un soutien pour « unifier et amplifier les voix des organisations dirigées par des jeunes » afin de mobiliser d’autres organisations de jeunesse qui partagent la même vision pour des actions communes au profit de leurs communautés.

Pour la Directrice Exécutive de Speak Up Africa, Yacine Djibo, le partenariat avec Reaching the Last Mile, permettra de « déclencher une action collective et maximiser le pouvoir de la jeunesse africaine, souvent négligée lors des discussions et des processus décisionnels, pour transformer l’engagement en action tangible afin que personne, où que ce soit, ne court le risque d’être affecté par les MTN ». Partenaire de cette initiative innovante, Nassar Al Mubarak de Reaching the Last Mile a indiqué que ”L’élimination des MTN en Afrique est à notre portée. En promouvant le leadership des jeunes, en les mentorant et en soutenant une nouvelle communauté de jeunes leaders, nous pouvons éradiquer les MTN, sauver des vies et contribuer à protéger la santé et le bien-être des générations futures”.

Pour le Directeur du département de lutte contre les MTN, Dr. Ibrahima Socé Fall, « Les jeunes peuvent nous montrer la voie alors que nous cherchons à apporter des changements positifs et à mettre fin au fardeau des MTN. Leur énergie, leurs valeurs, leur motivation et leur connectivité peuvent changer la donne et améliorer l’accès aux interventions contre les MTN ». A tous les pays donc, d’en tenir compte pour exploiter le potentiel des jeunes et les engager dans la lutte afin de pousser très loin des frontières de leurs pays, les Maladies Tropicales Négligées aux conséquences désastreuses pour les communautés les plus pauvres.

Originaire du Bénin en Afrique de l’ouest, Alain TOSSOUNON est journaliste depuis plus d’une quinzaine d’années. Rédacteur en Chef puis Directeur de rédaction de l’hebdomadaire spécialisé dans la décentralisation et la gouvernance locale « Le Municipal », il a suivi et validé plusieurs certificats en gestion des ressources naturelles (Université Senghor d’Alexandrie) et en eau avant de passer grand reporter sur les thématiques de l’eau, l’hygiène et l’assainissement de base et l’environnement.
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